Pages

Affichage des articles dont le libellé est Album photos. « Hommage». Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Album photos. « Hommage». Afficher tous les articles

samedi 13 février 2010

En hommage à Charlotte




Cette vieille dame au visage et aux mains marqués par le poids des années et des travaux rudes du monde rural, me rappelle Charlotte devenue, vers la fin de sa vie, l’héroïne d’un petit village de la Sarthe.
Charlotte était une enfant trouvée qui s’étaient promenée de famille en famille, sans jamais recevoir la moindre marque d’affection, elle travaillait telle une bête de somme, qu’il pleuve ou qu’il vente, elle se livrait aux travaux de la ferme, elle bêchait, ramassait les bottes de foin qu’elle chargeait sur les remorques des tracteurs. Penchée sur le lavoir, elle manipulait les draps lourds qui traumatisaient son pauvre dos. L'hiver ses mains étaient engourdies par le froid glacial, devenu coutumier pour cette âme besogneuse.

Lorsque j’ai connu Charlotte, elle devait avoir une soixantaine d’année, il était difficile de situer son âge avec précision, en raison de son parcours aride et inaccoutumé. Charlotte était petite, trapue, plutôt bourrue, elle fumait le cigare comme un homme.

Des âmes charitables, conscientes de sa servitude, avaient accompli les démarches nécessaires pour qu’elle puisse enfin bénéficier de ses bons droits, et demeurer dans une habitation décente. À l’époque où j’ai croisé son chemin, Charlotte ne travaillait plus que dans les jardins des gens qui l’avaient secourue, il lui arrivait couramment de faire la vaisselle lors de banquets familiaux, Charlotte était rétribuée pour le travail qu’elle accomplissait avec ferveur ; elle était toujours invitée à s’asseoir autour de la table pour partager le repas de ses alliés, c’est ainsi que Charlotte a découvert ce que signifiait la chaleur hospitalière. Toutefois, ayant été habituée à une vie inflexible, Charlotte avait conservé des manières simples de vie. Elle aimait rentrer chez elle à pied, biner son jardin, arracher les mauvaises herbes. Charlotte semblait heureuse de cette vie plus clémente qu’elle menait désormais.

L’esprit vif, elle ne manquait pas de répondre à une galéjade par une réflexion pleine d’esprit et d’espièglerie. Dans la bourgade, tout le monde la respectait. Charlotte était devenue une personnalité du village, elle s’était même présentée une fois aux élections municipales, et avait remporté dix voix qui, aux yeux de Charlotte, symbolisaient une victoire dont elle était très fière.

Le temps passait paisiblement sur cette charmante contrée… Un matin d’automne, l’une de ses bienfaitrices retrouva Charlotte allongée sur son lit, vêtue d’un manteau noir et de ses brodequins du dimanche, le visage serein, elle s’en était allée plus loin, visiter un autre monde.

Apostille :

On découvrit, sur le testament de Charlotte, qu’elle avait légué toutes ses économies, à la réfection de l’école primaire du village de Téloché…
Si un jour vous passez en Sarthe, n’oubliez pas de vous arrêter devant l’établissement scolaire, vous y remarquerez une plaque dédiée à la mémoire de Charlotte, qui a permis à cette école d’ouvrir une aile supplémentaire pour accueillir un plus grand nombre d’enfants. N’hésitez pas à parler de Charlotte aux anciens. Ils se feront une joie de vous raconter sa vie.

Cette histoire est authentique.