Mon amie Lucie

Ludivine évoluait depuis deux années à l’école primaire, lorsque le directeur de son établissement avait sollicité des volontaires, pour envoyer un message amical aux plus anciens, à l’occasion du nouvel an, et de prolonger cette correspondance dans un esprit d’union et d’épanouissement simultané.
Personnellement je trouvais l’idée plutôt sympathique et profitable, estimant que donner c’est recevoir ; et que nous apprenons de nos ainés et de leur expérience, une sagesse et une humilité bénéfique à notre croissance.
Ludivine, d’un naturel sensible, avait accepté cette offre avec joie. C'est ainsi que, par l’effet de la providence, il avait été entendu que Ludivine corresponderait avec Lucie, une dame retraitée qui habitait Aubusson dans la Creuse. Pour ce faire, du haut de ses huit ans, Ludivine avait choisi une jolie carte et s’était appliquée dans son écriture, en y mettant tout son cœur. À son billet, elle avait joint sa photo, estimant qu’il était très important que Lucie puisse mettre un visage sur sa correspondante. Une dizaine de jours plus tard, et pour son plus grand bonheur, Ludivine recevait une gentille réponse de Lucie.
Le temps passait, Ludivine qui était très absorbée par sa scolarité, n’était plus en mesure d’assurer le suivi de cette relation.
C’est ainsi que ma correspondance avec Lucie a débuté. J’ai pris le relais ! S’en est suivi un échange épistolaire entre Lucie et moi qui allait s’attarder seize années durant...
Au fil du temps et des courriers échangés, la confiance s’installait entre nous. Lucie me contait sa vie, je lui relatais la mienne. Nous finissions par nous deviner au travers de nos écrits. Une amitié solide et affectueuse s’était construite entre Lucie et moi. Nous étions devenues les deux disciples d’une même famille, unis par le cœur. Je n’ai jamais eu le bonheur de rencontrer Lucie. Notre échange s’est arrêté le jour où, son fils m’a fait part de son décès subit. J’ai alors ressenti cette douleur aigue qui se manifeste lorsqu’un être cher nous quitte.
Aujourd’hui, lorsque j’ouvre ma boîte aux lettres, je revois encore l’écriture fine de Lucie, l'enveloppe sur laquelle mon nom et mon adresse étaient inscrits à l'encre bleue. Les mots de Lucie me manquent...
Il me reste une giclée de doux souvenirs couchés sur le papier, quelques photos prises avec un appareil jetable, le délicat visage d’une dame qui m’a appris que, quoi qu’il arrive en ce monde, il faut poursuivre le chemin et ne jamais baisser les bras.

